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Vulgarisation de la SSA/P au Faso : « L’UNICEF apporte un soutien énorme » selon Georges Kafando, Administrateur du programme Education à l’UNICEF

D 14 mars 2016     H 13:05     C 1 messages


La problématique de l’accès à l’éducation pour tous les enfants reste d’actualité au Burkina Faso qui enregistre un fort taux d’analphabétisme. Cette situation qui compromet le développement du pays a motivé l’application de plusieurs initiatives dans le système éducatif dont la Stratégie de scolarisation accélérée/Passerelle (SSA/P). Cette stratégie novatrice a été vulgarisée par le Ministère de l’éducation nationale (MENA) avec le concours précieux de partenaires stratégiques dont l’UNICEF. Pour savoir davantage les actions menées par l’UNICEF en faveur du rayonnement du système éducatif en général et dans le cadre de la SSA/P en particulier, nous avons échangé avec l’Administrateur de son programme Education. Pour Georges Kafando, puisque c’est de lui qu’il s’agit, le système éducatif tel qui se présente actuellement ressemble à un avion. Il nous a dévoilé sa vision complète de ce système, les enjeux de la SSA/P et le rôle « énorme » joué par l’UNICEF pour sa vulgarisation sur le terrain. L’interview a été réalisée par IJACOD et le Faso.net, le mercredi 9 mars 2016 à Zorgho en marge de la tournée de l’équipe de la mission sénégalaise.

Pourquoi l’UNICEF soutient la mise en œuvre de la SSA/P ?

Georges Kafando : L’UNICEF soutien le Ministère de l’éducation nationale (MENA) dans le domaine de l’éducation. Elle fait la promotion des innovations pour permettre au MENA de voir ce qui est positif pour aider à réduire des préoccupations liées au système éducatif. C’est ainsi que depuis 1996, nous avons mis en place le « bissongo » pour la petite enfance. On a mis également en place des écoles satellites et des centres d’éducation de base non formelle. Cette dernière composante s’adressait aux adolescents qui ne sont pas allés à l’école ou qui l’ont quittée très tôt. Et c’était la formation au métier. On s’est aperçu que malgré ces grandes initiatives, il y a beaucoup d’enfants qui échappent au système éducatif. Alors que le Burkina Faso a souscrit à l’Education pour tous (EPT) dont le défi ne peut être relevé quand beaucoup d’enfants sortent du système éducatif. Comme j’ai coutume de le dire, le système éducatif tel qu’il se présente actuellement, c’est comme un avion. Il décolle au CP1, son premier atterrissage est au CM2 et il redécolle du CM2 pour atterrir plus loin. Lorsqu’il décolle, il a en son sein beaucoup d’enfants. Mais avant l’atterrissage, beaucoup d’enfants aussi tombent. Et le système en lui-même n’est pas capable de récupérer ces enfants. Parce qu’une fois qu’un enfant a quitté l’école et veut y retourner plus tard, le système ne lui reconnait plus. Il faut donc trouver un moyen pour ramener ces enfants à l’école car l’obligation scolaire va jusqu’à 16 ans. C’est pour cela que lorsque l’UNICEF a pris connaissance de la SSA/P et que le MENA a sollicité son soutien dans la mise en œuvre de cette nouvelle innovation, elle a accepté de l’accompagner depuis 2012. Cela a commencé avec l’Association nationale de la traduction de la bible et de l’Alphabétisation (ANTBA) dans la zone du Namentenga avec 10 centres à passerelles. Ensuite, on a évolué vers le Ganzourgou où l’on a ouvert cette année, 20 centres à passerelle. On travaille parallèlement avec la Fondation pour le développement communautaire au Burkina Faso (FDC/BF) dans la zone des réfugiés. Voilà pourquoi l’UNICEF accompagne l’innovation pour aider à ramener les enfants à l’école pour que les indicateurs soient plus importants et que l’EPT puisse progressivement se faire.

A combien peut-on évaluer le soutien de l’UNICEF dans la mise en œuvre de la SSA/P ?

Le soutien de l’UNICEF est énorme parce qu’elle a des protocoles d’accord de plus de 100 millions avec EMERSI, près de 200 millions avec la FDC/BF. Avec ANTBA, lorsqu’un centre à passerelle est ouvert, tout est pris en charge par l’UNICEF à savoir les salaires des animateurs, les coûts de formations et de recyclage, les fournitures scolaires, le matériel pédagogique, etc. Tout ce soutien vise à faire en sorte que la SSA/P ne soit pas un problème pour les parents.

Quel est le nombre de centres à passerelles pris en charge par l’UNICEF ?

L’approche de l’UNICEF est stratégique et ce n’est pas le nombre qui est important mais plutôt le fait de prouver qu’à travers cette démarche, l’on peut arriver à régler un problème. L’UNICEF a réalisé des Ecoles de qualité amies des enfants (EQAM) qui ont commencé au Ganzourgou et au Namentenga. Actuellement, c’est cette stratégie qui est adoptée par le pays pour aller de l’avant. L’idée consiste à dire que dans un village où il y a des EQAM, il ne doit pas y avoir d’enfant qui ne soit pas à l’école. Nous allons vers ces écoles où il y a encore beaucoup de défections pour essayer de récupérer ces enfants pour les remettre sur les bancs. C’est beaucoup plus un pilote qui doit prouver sa capacité à ramener les enfants à l’école.

Quels sont les acquis et difficultés de la mise en œuvre de la SSA/P ?

On ne peut pas dire que c’est trop tôt pour tirer les leçons de la SSA/P. Les enfants qui vont à la SSA/P ont cela de particulier qu’ils veulent aller maintenant à l’école. Ils sont à un âge où ils raisonnent, où ils ne considèrent pas l’école comme une obligation. Ce sont des enfants qui vont à l’école, apprennent et produisent des résultats. Au bout de 9 mois, un enfant qui n’a pas été à l’école, qui y va et arrive à sauter les classes de CP1, CP2 et CE1 pour se retrouver au CE2, c’est quand même une prouesse extraordinaire. C’est quelque chose de très positif qui étonne les gens et qui laisse abasourdis ceux qui ne croient pas. Mais, il y a des contraintes parce que sur le terrain, certains encadreurs ne donnent pas du crédit à l’innovation. D’autres qui doivent recevoir les élèves estiment que c’est une surcharge pour eux alors que l’on n’ajoute pas quelque chose sur leur salaire. Toute chose qui constitue des blocages. Sinon les élèves des centres à passerelles ne demandent qu’à retourner à l’école, retrouver leurs copains qu’ils avaient quittés ou qu’ils n’avaient pas eu le temps de côtoyer pour cheminer ensemble.

Que peut-on retenir de ce qui est constaté sur le terrain au cours de la visite de la mission sénégalaise venue s’inspirer de l’exemple de la SSA/P ?

On a constaté de l’engouement chez les animateurs parce qu’ils ont vu leur travail valorisé. Ces animateurs dont la plupart ont le niveau BEPC et qui ont bénéficié d’un mois de formation sont engagés dans une expérience et se battent pour réussir. Et voir beaucoup de gens qui viennent s’imprégner de leurs expériences, qui les encouragent et trouvent que ce qu’ils font est encourageant, c’est déjà très positif. Concernant les enseignants qui doivent recevoir les classes des centres à passerelle, ils se préparent pour y faire face. Ils partagent les mêmes idéaux car ils sont sans solutions par rapport aux défections des enfants, au fait que ceux-ci quittent l’école. Ils voient en la SSA/P, une solution pour ramener ces mêmes enfants et ceux qui n’étaient pas à l’école. Du côté de l’encadrement, on a vu la présence de 2 CEB sur le terrain et cela témoigne de l’intérêt qu’ils ont à suivre ces centres à passerelles car quoi que l’on dise, ce sont des enfants qui viennent grossir les effectifs à la grande satisfaction de tout le monde. Quant à l’équipe de la mission sénégalaise, elle a vu des enfants qui apprennent en classe de passerelles avec des résultats palpables. Elle nous a aidés par leur regard nouveau, à identifier des difficultés et des points à améliorer et on en tiendra compte.

Tout au long de la visite de l’équipe de la mission sur le terrain, les communautés éducatives s’étaient fortement mobilisées pour l’accueillir, qu’est-ce qui explique cet engouement populaire ?

C’est une mobilisation fantastique. Mais cela n’étonne pas trop car tout dépend de la démarche utilisée qui était participative. En effet, les ONG qui accompagnent la mise en œuvre de la SSA/P ont d’abord informé, sensibiliser et expliquer les tenants et aboutissants aux communautés éducatives. Cette démarche a permis de convaincre les populations qui ont accepté cette innovation et qui l’ont prouvée à travers la mobilisation de leurs propres enfants pour l’école. Certains enfants ont dit que la première fois, leurs pères ne voulaient pas qu’ils aillent à l’école parce qu’ils doivent garder les animaux alors que les mamans le voulaient. Mais cette fois-ci, ce sont les pères eux-mêmes qui leur ont dit d’aller à l’école à passerelle. Cela veut dire que les parents ont mobilisé et sensibilisé leurs enfants. Et leur mobilisation pour accueillir les membres de l’équipe de la mission dénote de leur adhésion à la SSA/P. Le problème qui reste à résoudre est que certains parents pensent que les centres à passerelles qui s’ouvrent vont rester de façon permanente. C’est pourquoi j’ai profité lors des visites sur le terrain pour leur rappeler que le centre à passerelle a une durée de 2 ans. Il a été réalisé juste pour permettre de récupérer tous les enfants qui ne sont pas allés à l’école (au moins une soixantaine) et les remettre à l’école et puis cette fois, ils restent définitivement dans « l’avion », ils ne « redescendent » plus. Donc, les parents doivent savoir que le centre à passerelle ne restera pas longtemps et éviter de penser que l’on ne doit pas mettre les enfants en classe de CP1 mais attendre pour les mettre plus tard dans le centre car en ce moment, il sera fermé. En somme, je ne suis pas très étonné de la mobilisation autour de la visite de l’équipe de la mission. Dans la délégation visiteuse, il y a eu également beaucoup de monde dont 9 acteurs venus du Sénégal, la DGCRIEF avec 3 personnes, l’UNICEF avec deux personnes (Ouaga et Dakar) et une mission venue du Mali avec la Secretaire permanente du SSA/P. A ces acteurs s’ajoutent les encadreurs sur le terrain qui se sont associés ; au total, 25 à 27 personnes étaient mobilisées.

Qu’est-ce que ça vous fait de recevoir une telle mission d’un pays comme le Sénégal ?

C’est une immense joie parce que lorsque j’ai rencontré les collègues sénégalais à la faveur d’un atelier en octobre dernier à Lomé au Togo, on a échangé sur les innovations et je leur expliqué qu’au Burkina Faso, la SSA/P est mise en œuvre et elle porte des fruits. Et quand le responsable de la délégation est réparti, il m’a recontacté pour venir visiter. Ce qui fut fait et nous sommes contents. Cela permet de connaitre l’expérience burkinabé car au plan national, c’est la première fois que l’on va en parler à une autre dimension. De même, la délégation sénégalaise aura un regard critique sur le terrain qui nous permettra d’avancer. Cela nous réjouit qu’un pays comme le Sénégal vienne au Burkina Faso là ou la SSA/P n’est pas née pour s’inspirer de l’expérience plutôt que d’aller d’abord au Mali où est basée la Fondation Stromme.

Quel est le défi qui reste à relever dans la mise en œuvre de la SSA/P ?

Il reste une communication forte à faire à l’endroit du politique et des encadreurs. Tout ce qui commence en langue nationale a de l’importance et les gens apprennent vite. Malheureusement, les langues nationales ne sont pas valorisées. Il y a certains, dès que l’on dit que l’on commence en langue nationale, il y a tout un problème. Et pourtant, dans les pays qui se sont développés, les enfants ont appris à l’école dans leur langue maternelle. Nous ne sommes pas dans ce système, c’est un peu difficile mais il faut que l’on avance doucement et on trouvera certainement une solution.

Saïdou Zoromé
(IJACOD)

Ph lefaso.net

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